sa voix si frêle
sa voix sans cils
sa voix bouche bée
sa voix arc tendu
sa voix a perdu son timbre

on l’écoute

elle
mots englués
trou
mot expulsé

doucement on l’écoute

sa langue depuis l’enfance
dans sa gorge étranglée
s’est asséchée

elle cherche au milieu des ronces un nouveau sentier

on écarte les branches

Christine de Camy, a(s)ile, Éditions La Boucherie Littéraire
Partage de Dominique A., heureux facteur poétique

[…]

je m’invente une langue pour parler aux oiseaux
qui n’est ni la leur ni la mienne

une langue pour dire
le futur revenu
l’avenir recommencé

je m’invente un cœur tout puissant
qui n’a jamais appris
ce que doit faire un cœur
alors il fait comme les oiseaux

il regarde
il répète

et il apprend des ailes
le mouvement le plus juste
pour battre correctement

j’invente ce que je peux
quand bien même je sais
qu’on ne pourra pas tout inventer

on n’inventera pas de machine à refaire le monde
ni même à remonter le temps

on ne pourra pas tout inventer
mais on peut déjà faire mieux avec tout ce qui est là

le présent
le futur

on peut réparer quelque chose
comme un miroir brisé
se refaire un reflet
pour nos métamorphoses

on peut réparer une partie des choses
porter le jour
soigner la nuit
et croire très fort au reste

chercher le geste le plus juste
pour ce qui vient ensuite

le futur a des ailes
dont il doit tout apprendre

Andrea Thominot, Depuis quand les oiseaux, Cheyne 
Partage de Dominique A., heureux facteur poétique.

Je pleure pour toi

Femme pleine de lune
Pleine de rivières
Pleine d’arbres

Je pleure l’eau qui te remplit
la tempête qui souffle dans ta poitrine
le feu qui attise ton imagination

Je pleure ta tendresse
ta compassion
ta naïveté
et ta folie
de la liberté

Maram al-Masri, Les Âmes aux pieds nus,
traduction de l’arabe (Syrie), Éditions Bruno Doucey.
Partage de Dominique A., heureux facteur poétique.

Cherche et trouve

Vivre

Comme un enfant qui déguste
Limpide et gourmand
Mais aussi
Comme l’eau se détourne
Imprenable
Et donneuse d’élan

Si tu vis
Fraye ta joie
Toujours il te reste un chemin
Refais ton bilan
Toujours un affluent
Quelque part
Te garde sa force

Mais Cherche…

Alice Mendelson, L’érotisme de vivre, Éditions Point
Partage de Dominique A, heureux facteur poétique.

Exposition permanente

Je collectionne les papiers pliés,
Les miettes de lumière sur les murs,
Les voix dans les escaliers.
Je garde tout
Comme une preuve.
Mais de quoi ?
Je ne sais pas.
Peut-être que je suis
Le musée d’un rien du tout.

Anaïs Swiatek, Courrier Indésirable Numéro # 9
Partage de Dominique A, heureux facteur poétique.

Silence… s’il vous plaît…

Voisins de palier envahissants,
Chochottes immodérément plaignardes,
Chargés de mission spéciale en bouche-à-oreille,
Récalcitrants de tous bords,
Enflés de la jactance en transes,
Tenanciers du crachoir,
Péroreurs gros cou,
Incurables malades du prurit exclamatif,
Monomaniaques du soliloque,
Ressasseurs de bonnes blagues nulles,
Cocardiers à outrance,
Avocaillons verbeux,
Hâbleurs sans fin ni frein,
Baratineurs rodomonts,
Tartarin de carabistouilles,

etc… etc…
Silence SVP
Assez ! Assez !

Jean-Pierre Verheggen, Le sourire de Mona Dialysa, Éditions Gallimard.
Partage de Dominique A, heureux facteur poétique ***

rire

à l’aube
quand tout se lève
et ne plus avoir peur

sauter de son lit
et que chaque jour
soit fête

et que chaque jour
soit

Carole Bijou, Ventres, Éditions Lanskine.
Partage de Dominique A, heureux facteur poétique ***

ASILE POÉTIQUE

A toi qui crois pouvoir décider
dans notre pays
le cours des migrations
qui reste qui entre qui sort
je désire te dire
qu’un vaste mouvement de poésie
doux et indéfectible
vague sismique
déferle sur la Belgique ;
nous sommes de plus en plus nombreux
à réveiller nos êtres
par la force du poème.
Nous sommes bientôt 10 millions
nous les poètes de ce pays ;
les mots désir accueil et impulsion
présence ouverture insurrection
vibrent dans nos langues
pour lever une constituante ; nous remplaçons le mot frontière
par ligne de bienvenue,
nous désirons que les écoles du pays
soient joyeusement multilingues
et que chaque enfant d’ici
apprenne l’art de la paix et de la poésie ;
nous désirons
que tu descendes dans la cité
écouter la parole du passant
du marcheur du voyageur de l’arpenteur ;
nous désirons qu’aucun habitant ici
ne souffre du froid et de la faim,
nous désirons que le vent qui nous traverse
soit l’énergie de nos lumières ;
nous, les 10 millions de poètes,
désirons cela ardemment.
Je désire te dire
que rien ne nous arrête
dans notre désir de désirer
la vie ;
notre vague sismique
douce et indéfectible
est une langue de feu plus forte chaque jour
des nombreux voyageurs arrivés d’autres terres ; et nous désirons
que chaque habitant du pays
sur la porte de son logis
maison arbre appartement
bagnole tente ou cabane
pose l’enseigne
DOMO DE POEZIA
au moins une fois par an
s’y dit la parole d’un poète
fenêtre ouverte
rage essentielle
contre la mort de la lumière.

Laurence Vielle, Ouf, Éditions maelstrÖm reEvolution
Partage de Dominique A., heureux & facteur poétique 🙂

Une femme danse

Une femme danse une minute par jour
Des femmes dansent sur la place
des femmes dansent à ta place

en face de la violence
les femmes dansent
le courage dans le corps
les femmes dansent
ainsi la vie

Des femmes dansent sur la place
des femmes dansent à ta place

Quand les femmes ont dansé
dit la légende
quand les femmes ont dansé
le monde est à sa place

Hélène Dassavray, Made in woman. Éditions la Boucherie littéraire.
Partage de dominique A, heureux & facteur poétique.